|
 |
| Histoire interdite, impostures, tabous, mystifications, esprit
critique... |
|
| |
Les vignerons français : collabos ou résistants ? |
 |
 |
article paru dans le n° 717 d'Historia de septembre 2006, sous le titre
: "Les vignerons font de la résistance"
Les vendanges de l'automne 1939 débutent en même temps que la guerre.
Dans toutes les régions viticoles, on s'organise pour cacher les bonnes
bouteilles et vendre la piquette à l'occupant.
Lorsque, le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent
la guerre à l'Allemagne, les vendanges sont sur le point de commencer
et la main-d'oeuvre se fait rare du fait de la « drôle de guerre » qui
mobilise les hommes en âge de combattre. Pourtant, la récolte se
révélera particulièrement abondante avec plus de 70 millions
d'hectolitres en métropole et 18 millions en Algérie, mais elle sera
aussi, en termes de qualité, l'une des plus mauvaises du siècle.
Inquiets de la tournure des événements politiques et militaires,
certains viticulteurs s'organisent dès les premières heures. A Beaune,
Maurice Drouhin entreprend de mettre à l'abri une partie des dizaines
de milliers de bouteilles qu'il a en stock. Il les cache dans une cave
du XIIIe siècle, dont les galeries forment un véritable labyrinthe et
en mure certaines pour les préserver de l'arrivée éventuelle de
l'envahisseur. En Champagne, les producteurs, bénéficiant de kilomètres
de caves creusées dans la roche calcaire, se livrent à de semblables
travaux. Chez Laurent-Perrier, pour que nul ne s'aperçoive du
subterfuge, une statue de la Vierge est placée dans une niche, au beau
milieu de la maçonnerie. Même prudence chez les restaurateurs,
possesseurs de grandes cuvées.
André Terrail, propriétaire du célèbre restaurant gastronomique
parisien La Tour d'Argent, vit dans la hantise que les Allemands ne lui
dérobent sa cave, oeuvre de sa vie, constituée de 100 000 bouteilles,
dont certaines du XIXe siècle. Déprimé, il quitte Paris à la
déclaration de guerre et confie le restaurant au gérant Gaston Masson,
et à son propre fils Claude [décédé à 88 ans, le 1er juin dernier]. Le
12 mai, l'armée allemande franchit la Meuse. Claude Terrail et Gaston
Masson se lancent alors eux aussi dans la construction d'un mur pour
dissimuler leur réserve de vin dans leurs caves du bord de Seine.
Compte tenu de la grande quantité de bouteilles conservées, ils se
résignent à ne cacher que les meilleurs millésimes, dont un sublime
1867. Aussi, lorsqu'un émissaire du maréchal Goering demande à le voir
en juin, Masson lui rétorque que ce millésime, est épuisé. Devant la
stupéfaction de l'officier, il l'engage à vérifier par lui-même.
Celui-ci renonce après deux heures de fouilles infructueuses. Sauf
qu'il confisque 80 000 bouteilles qui n'ont pu être dissimulées...
La Blitzkrieg de mai-juin 1940 a livré la France aux Allemands mais n'a
guère endommagé les vignobles alsaciens et champenois. La viticulture
n'est pas sauvée pour autant. Dans les semaines qui suivent,
producteurs et négociants sont victimes de pillages. Rien qu'en
Champagne, deux millions de bouteilles disparaissent. La détresse des
viticulteurs est telle que les autorités d'occupation décident de «
tenir » leurs troupes. Deux jeunes soldats allemands, surpris dans les
caves de Perrier-Jouët, sont condamnés à mort par une cour martiale.
Verdict finalement commué en sanction disciplinaire : les deux hommes
sont envoyés au front. Une manière pour l'occupant de faire savoir que
le pillage des caves doit prendre fin.
A Bordeaux, les Allemands se montrent particulièrement vigilants à
cause de l'importance stratégique du port et de sa base sous-marine,
commandée par Ernst Kühnemann (ancien négociant en vins berlinois). Dès
juillet, plusieurs châteaux sont réquisitionnés, à commencer par ceux
des propriétaires et négociants britanniques (Sichel, Barton), ou juifs
(Nathan, Rothschild).
Si l'exportation de vin s'arrête en partie (les expéditions vers les
Etats-Unis et le Royaume-Uni sont interdites), elle est compensée par
le marché intérieur et surtout par l'énorme demande des occupants. La
convention d'armistice, puis les accords de Wiesbaden, assigne à la
France le rôle de pourvoyeur agricole du Reich. En 1942, Goering
déclare même : « Les plus grands vins doivent être réservés aux
occupants allemands. » Dès lors, le vin français est acheté par les
Allemands, non plus pillé. L'article 18 permet toutefois à l'occupant
de mettre sous séquestre des caves entières, de s'opposer à des ventes
sur le marché national, et d'exercer dans les vignes et les caves, un
contrôle des quantités et de la qualité.
Pour sélectionner et acheter les meilleurs vins et les envoyer en
Allemagne, d'où ils sont réexportés sur le marché international, Berlin
crée un corps de spécialistes, « les marchands de vin en uniforme »,
que les Français rebaptisent « Weinführers » (chefs du vin) : Otto
Klaebisch en Champagne, Adolphe Segnitz en Bourgogne, Heinz Bömers dans
le Bordelais. Par chance, ces hommes sont souvent francophiles et
tentent de ménager les intérêts des viticulteurs. Ainsi à Bordeaux,
Bömers achète-t-il les stocks de vin de mauvaise qualité (datant des
années 1930) et s'attache à régler chaque livraison... à tel point
qu'il doit se rendre à Paris pour répondre d'accusations de laxisme !
Il se lie d'amitié avec Louis Eschenauer, chef du négoce local. Le
syndicat des négociants bordelais, présidé par Edouard Kressmann,
communique chaque lundi à ses membres les offres d'achat de
l'intendance militaire et le quota des bons de vente à la clientèle
particulière attribués par Bömers. Solidement encadrés par ces experts,
les Allemands se révèlent être, en effet, des clients qui, la plupart
du temps, payent au « juste prix ». Et dans le Bordelais, les cours
sont particulièrement élevés : le tonneau de 900 litres de
château-yquem est à 130 000 F, les quatre premiers crus rouges de médoc
à 100 000 F, les autres à environ 80 000 F. Le commerce bat son plein.
Peu de résistance ici, mais une collaboration en bonne et due forme.
Eschenauer aura à en répondre à la Libération, comme 300 autres
propriétaires bordelais qui seront condamnés.
Ailleurs, la situation est différente. « Si vous voulez vendre,
parfait. Sinon, libre à vous », annonce le Weinführer Segnitz aux
producteurs de Bourgogne. De fait certains viticulteurs refusent toute
vente, comme la maison Louis Latour. Mais la mansuétude allemande est
toute relative : Maurice Drouhin, dirigeant de la commission
administrative des Hospices de Beaune (disposant de dizaines d'hectares
de grands crus), est arrêté. Membre de la Résistance, il envoie depuis
la prison à sa femme Pauline, en utilisant un code secret, des
informations à destination des maquisards (conseils sur la meilleure
façon de traverser la ligne de démarcation, positions des troupes
allemandes soutirées à ses gardiens...). Libéré en 1942, il obtiendra
de Segnitz qu'aucun Allemand ne participe aux festivités marquant le
500e anniversaire des Hospices !
En Champagne, les négociations sont plus tendues avec le Weinführer
Klaebisch. Dès juillet 1940, celui-ci informe de ses exigences le
Bureau national de répartition, qui devient en 1942 le Comité
interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC), dirigé par le comte de
Vogüé : livraison à la Wehrmacht de 12 millions de bouteilles en six
mois, avec mise sous séquestre des stocks et des récoltes à venir. Pour
maintenir l'approvisionnement du marché national et des rares marchés
d'exportation (Scandinavie, Amérique du Sud...), les Champenois
refusent de dépasser le chiffre des 300 000 bouteilles par semaine.
D'âpres discussions s'engagent sur les proportions respectives de
mousseux et de champagne, sur les qualités que Klaebisch vérifie en
personne dans les caves, ou sur les compensations (livraison de cuivre
ou de charbon...). A force de persévérance, les négociants parviennent
à éviter une gestion allemande de leurs stocks. Mais ils ne peuvent
empêcher les contrôles, les amendes ou, parfois, la prison.
La résistance des vignerons est souvent diffuse, mais omniprésente. La
maison Pol-Roger, comme les autres, mure ses meilleurs crus. Les
étiquettes « Réservé à la Wehrmacht » sont collées sur des cuvées de
mauvaise qualité. C'est lors d'une vérification surprise de Klaebisch
que François Taittinger, fils du maire de Paris, est arrêté et envoyé
en prison, où il retrouve d'autres producteurs qui, comme lui, ont
tenté de gruger l'occupant. Heureusement, au cours de leurs descentes
dans les caves, les Allemands ne se rendent pas compte que les
kilomètres de galeries creusées dans le calcaire servent non seulement
à dissimuler le vin, mais aussi à entreposer du ravitaillement et des
armes (et parfois des hommes) pour la Résistance. Il faut dire que ces
souterrains, dont ils ignorent la topographie, ne les engagent pas à y
mettre les pieds.
Représentant du CIVC, le viticulteur Robert-Jean de Vogüé dirige, dans
la clandestinité, l'aile politique des maquis de Champagne-Ardenne.
Dans le dédale des 24 km de galeries de la cave Moët & Chandon, qui
devient un bastion de la Résistance, il accueille ses compagnons
d'armes. Arrêté, il est condamné à mort et l'un de ses collègues est
déporté au camp de Bergen-Belsen. En réponse, une gigantesque grève des
viticulteurs éclate, qui ne laisse pas d'inquiéter Klaebisch. La peine
de Vogüé est commuée, mais il reste en prison. Les représailles ne se
font pas attendre : les autres cadres de la maison Moët sont
emprisonnés ou déportés tandis que les Allemands diffusent un film de
propagande dans lequel on voit des caisses de Moët remplies d'armes.
Klaebisch finit par prendre la direction de la maison. Au total, les
Weinführers expédient chaque année en Allemagne plus de 2,5 millions
d'hectolitres de vin, ce qui représente environ 312 millions de
bouteilles.
Le gouvernement formé par Philippe Pétain a d'abord suscité
l'enthousiasme de certains vignerons. Propriétaire d'un petit vignoble
sur la Côte d'Azur, le nouveau chef de l'Etat n'avait-il pas écrit,
lors de la Première Guerre mondiale, que le vin avait été « pour les
combattants, le stimulant bienfaisant des forces morales comme des
forces physiques » et qu'il avait « largement concouru, à sa manière, à
la victoire ».
Mais avec le temps, la résistance s'accroît. Dès l'été 1940, les
viticulteurs doivent faire face à de nombreux problèmes, dont le manque
de carburant et un grave déficit de main-d'oeuvre. Aux pertes
militaires et civiles s'ajoutent plus d'un million et demi de
prisonniers incarcérés dans les camps allemands. La plupart d'entre eux
viennent des zones rurales et beaucoup sont, directement ou non, liés à
la viticulture, tel Gaston Huet, propriétaire à Vouvray, en pays de
Loire, ou le marquis Bertrand de Lur-Saluces, propriétaire du château
d'Yquem, dans le Bordelais. Sans oublier les jeunes requis du Service
du travail obligatoire (STO) qui partent en Allemagne à partir de 1943.
Les premiers temps, les ouvriers viticoles sont exemptés de STO, mais
bientôt cette dispense est supprimée, ce qui pousse les vignerons à
entrer dans la Résistance. Maurice de Nonancourt, en stage chez Lanson
en Champagne, tente ainsi de faire passer une vingtaine d'employés
promis au STO dans le Sud. Il est arrêté (et meurt en camp). Son frère
Bernard prend la relève et franchit la ligne de démarcation. Dans son
périple, il croise le chemin de l'abbé Pierre qui l'envoie suivre un
entraînement dans un commando. On le retrouvera bientôt à la 2e DB.
A partir du printemps 1941, les viticulteurs ont également à gérer une
pénurie de produits de traitement. Le blocus auquel est soumise la
France, et qui s'aggrave en novembre 1942, interdit les
approvisionnements en soufre et en sulfate de cuivre. L'oïdium et le
mildiou font alors de terribles ravages. Sur une superficie
pratiquement inchangée (1 513 000 ha en 1939, 1 434 000 ha en 1945),
les récoltes diminuent de moitié entre 1939 et 1942.
La sous-production fait du vin un produit rare. Le vin de consommation
courante figure dans la première liste des produits alimentaires
contingentés et taxés par le décret du 30 juillet 1940. Il est cher et
ne s'obtient qu'en échange de tickets d'alimentation. Les prix
officiels doublent, voire quadruplent au marché noir. Vichy se lance
alors dans une campagne antialcoolique, décrète des jours sans alcool,
en interdisant la vente aux bars et restaurants, et réserve pour la
première fois sa consommation dans les lieux publics aux plus de 14
ans. Du coup, le marché noir est florissant. Le gouvernement a placé la
production sous son contrôle entier et les vignerons n'ont même plus le
droit de garder une réserve, exemptée de taxe, pour leur usage
personnel.
Tous ces tracas vont lancer de nombreux viticulteurs dans une vie
parallèle. La plupart s'engagent dans des opérations plus ou moins
solitaires destinées à pourrir la vie de l'occupant. Divers subterfuges
sont utilisés par les viticulteurs pour marquer leur mauvais vouloir.
André Forneau, producteur de vouvray, enterre ses meilleures bouteilles
dans son potager. Son beau-frère, Gaston Huet, les dissimule dans une
grotte qu'il garnit de buissons. Certains, armés de jerricans et de
tuyaux en caoutchouc, siphonnent les barriques de vin à destination de
l'Allemagne. Dans les trains, des caisses défectueuses perdent leurs
bouteilles une à une au fur et à mesure de leur transport. D'autres
vendent comme grands crus de la « piquette » imbuvable en temps de paix
ou des vins coupés d'eau, ou bien encore ferment leurs bouteilles avec
des bouchons de mauvaise qualité. Résultat, même dans les grands
restaurants de Paris, les Allemands, habitués aux « farces et attrapes
» des viticulteurs, deviennent très méfiants lorsqu'ils passent
commande de bonnes bouteilles...
Même ceux qui peuvent moins facilement résister que les autres s'y
mettent. Ainsi les Hugel en Alsace annexée, dont toute la production a
été mise à la disposition de l'armée allemande et des dignitaires du
Reich à des prix dérisoires. Lorsqu'ils reçoivent des commandes pour le
front russe, ces viticulteurs de Riquewihr trouvent mille prétextes
pour ne pas répondre aux Allemands, faisant mine de manquer de
bouchons, de bouteilles ou de moyens de transport. Puis ils en
profitent pour écouler l'exécrable cuvée 1939. Pendant ce temps, ils
stockent leur bon vin. Un jour, pourtant, les Allemands s'aperçoivent
de leur manège et ferment leur exploitation tricentenaire. L'un des
fils Hugel est incorporé de force dans la Wehrmacht, l'autre se
retrouve sur le front russe. D'autres encore, comme les Miaihle,
propriétaires dans le Bordelais, accueillent dans leur château des
familles juives originaires d'Italie, et, au péril de leur vie,
organisent leur fuite grâce à de faux papiers.
La Résistance elle-même a souvent besoin des vignerons, et pas
seulement de leurs caves ou de leurs tonneaux. Les maquisards se
servent parfois des feuilles de route des cargaisons pour en déduire la
position des troupes d'occupation, comme par exemple en 1941. Les
Allemands ont passé une importante commande de champagne à destination
d'un « pays de climat chaud ». L'information est transmise aux services
de renseignement britanniques. De fait, il s'avère peu de temps après
qu'il s'agit de l'Egypte, où Rommel va s'élancer.
A la fin de la guerre, les vignerons français vont prendre leur
revanche grâce à l'un d'entre eux. En mai 1945, prenant les Américains
de vitesse au prix de marches forcées, Bernard de Nonancourt, devenu
sergent dans la 2e DB de Leclerc, arrive au « nid d'aigle » d'Hitler, à
Berchtesgaden. Dans la cave, il découvre un demi-million de bouteilles
des meilleurs vins français (lafite-rothschild, latour, yquem,
romanée-conti...) et retrouve même les bouteilles de Lanson, volées à
son oncle !
Hitler n'appréciait guère l'alcool, mais son dégoût était loin d'être
partagé par les membres de son état-major : Goering était un grand
buveur de bordeaux et le ministre des Affaires étrangères, Joachim von
Ribbentrop, avait été attaché commercial de la maison de champagne Mumm
et Pommery en Allemagne. Le vice-chancelier Von Papen avait, lui aussi,
été négociant en vin.
Pour descendre ces trésors des cimes, Bernard de Nonancourt va employer
les grands moyens et réquisitionner les civières de l'unité médicale.
Au total, c'est plus de 200 soldats qui vont être mobilisés pour cette
tâche, laquelle s'échelonnera sur plusieurs jours. Grâce à eux, le vin
échappe aux « prises de guerre » des Alliés et retrouve du même coup
son terroir d'origine.
Dernier clin d'oeil de l'Histoire : alors que 1939 est un des pires
millésimes, que les années 1940 et 1941 sont elles aussi fort
médiocres, en quantité comme en qualité, le cru 1945, celui de la
victoire, bien que faible en volume, va s'avérer sans conteste l'un des
meilleurs du siècle ! L
Paul-Eric Blanrue
Dans le maquis des vignes
Philippe de Rothschild (photo), producteur à Pauillac depuis 1922,
membre éminent de la famille propriétaire du château Lafite-Rothschild,
mécène, poète et traducteur, a rapidement de sérieux doutes sur Pétain,
son vieux compagnon de 1914. Lorsqu'en tant que président du
Consistoire de la grande synagogue de Paris, le baron demande au
Maréchal d'user de son influence pour lever les restrictions à l'entrée
des juifs en France, celui-ci se terre dans un silence révélateur. En
1940, Philippe de Rothschild s'engage dans les Forces françaises
libres.
Jean Monmousseaux, producteur et négociant en Touraine, a pour sa part
rejoint un des premiers réseaux de Résistance, Combat. Vivant près de
la ligne de démarcation qu'il traverse souvent avec des barriques de
vin, il réalise que celles-ci peuvent contenir un homme. Durant deux
ans, nombre de résistants feront ainsi le voyage en tonneau. Jamais le
secret ne sera percé.
Henri Billiot, propriétaire de vignes près d'Ambonnay, en Champagne,
intègre les services de renseignement de la Résistance. Profitant de
son travail dans le vignoble, il note les allées et venues des
Allemands qu'il transmet une fois par semaine au réseau. Il parviendra
aussi à faire fuir quatre pilotes américains, dont les avions ont été
abattus. Il les dissimulera dans sa camionnette sous des sacs de pommes
de terre, leur trouvera des vêtements civils, puis les cachera dans son
village.
Jean de Suarez d'Aulan, qui est à la tête de Piper-Heidseick depuis
1923, est soupçonné, à juste titre, par les Allemands de prêter ses
interminables galeries à la Résistance. En décembre 1943, la Gestapo de
Reims surprend un camion de la maison transportant des armes. De fait,
elles ont été parachutées dans son vignoble et sont destinées à la
libération de la région. Lorsque les Allemands tentent de l'arrêter, le
marquis, par ailleurs excellent pilote, est déjà loin : il vient de
rejoindre les Forces aériennes françaises libres. Son épouse rallie les
maquis du Vercors. Leur société est placée sous contrôle allemand.
Paul-Éric Blanrue |
|
 |
|