En réaction à mon article portant sur la thèse mythiste paru sur le site zététique :
http://www.zetetique.ldh.org/jesus.html
un détracteur du nom de Séraphin d'Haut Pays me consacre un long blog sur la question de l'inexistence de Jésus :
http://jesushistoriquereponses.blogspot.com
Voici ma réponse à ce blog (copie du blog effectuée à la date du 15 octobre 2005).
1°) Nos « affirmations » ?
Affirmation bien imprudente de Séraphin. Relisons ce que nous écrivions en introduction de notre article consacré à Jésus :
« Rejetant sans ambages la thèse traditionaliste, outrancière et antiscientifique, le Cercle Zététique n'a pas la prétention de trancher ici de façon définitive entre les autres options ni d'ériger un nouveau dogme historique. Néanmoins, il lui paraît anormal, sur un strict plan argumentaire, que la thèse mythiste soit aujourd'hui ignorée, méprisée, par les " professionnels de la profession ". Il lui semble même scandaleux qu'une telle thèse soit systématiquement occultée - et demeure ainsi inconnue du grand public. »
Nous avons été clairs : nous posons des questions, nous nous interrogeons innocemment sur une histoire « abracadabrantesque », et nous nous étonnons que la thèse mythiste soit occultée pour des raisons peu zététiques, car elle nous paraît plausible, sinon la plus plausible de toutes.
Loin d'emprunter la voie la plus facile, celle du haussement d'épaules devant le galimatias que forment quelques écrits charcutés, tordus et risibles (je parle du Nouveau Testament), nous acceptons de débattre. L'organisme qui ne l'accepte pas s'appelle l'Église catholique et ses principales objections s'appellent des dogmes. Voilà tout.
Séraphin sait-il lire ou louche-t-il lorsque cela lui permet de mettre le lecteur en condition pour nous faire passer pour les bornés que nous ne sommes point ?
Voilà un décevant début, qui laisse apparaître un singulier biais dans l'esprit de Séraphin. Comme disait l'autre : « Pensez-vous défendre Dieu par un langage perfide et sa cause par des propos mensongers ? » (Job 13, 7)
2° Jésus : pas de traces d'état civil
Éh non. Il ne s'agit pas de s'étonner outre mesure que des traces d'état civil de Jésus n'existent pas, et je n'ai jamais versé dans cet écueil pour ignorants. Je relève simplement qu'aucun document antique, officiel ou non, ne relate la vie de Jésus, ni sa mort, silence étrange en soi car l'existence d'autres personnages ayant causé des troubles dans la région ont retenu l'attention de divers auteurs à cette époque (Judas le Gaulonite, par exemple, héros de la résistance juive contre les Romains).
La désolante absence de document antique ne prouve donc pas que Jésus n'a pas existé, et je n'ai pas prétendu le contraire puisqu'il ne m'est pas inconnu qu'en bonne logique l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence.
Un tel mutisme est toutefois à relever puisqu'il laisse ouverte la question de l'inexistence de Jésus, qu'il rend possible. Dans le cas contraire (présence de documents authentiques étayant son existence), cette question aurait été résolue d'elle-même et il n'y aurait pas eu de débat ni de blog séraphique. Reconnaître l'absence de document est une démarche nécessaire dont il faut rendre compte pour la bonne information du lecteur, une étape, mais elle n'est pas suffisante en soi.
Prenons toutefois conscience du fait que les premiers chrétiens ne citent pas non plus d'extraits de documents officiels authentiques évoquant l'existence de leur Sauveur. Ils ont du coup été amenés à inventer des faux célèbres comme les Actes de Pilate ou la Lettre de Lentulus (« gouverneur de Jérusalem » - inexistant -) au Sénat et au peuple romains pour rendre cette existence crédible. De son côté, un historien chrétien, par ailleurs favori et flatteur de Constantin, comme Eusèbe de Césarée (v. 270-339), dans son Histoire ecclésiastique (la plus ancienne histoire du christianisme en date) reprend à son compte les traditions hautement fantaisistes qui l'arrangent, et se statisfait d'à peu près n'importe quoi en terme de sources. On est donc en droit d'en déduire que dès la haute époque les documents, officiels ou non, manquaient cruellement et que cela contrariait profondément les croyants, contraints de se lancer dans des impostures littéraires (une autre ? Tiens, la correspondance entre Sénèque et l'apôtre Paul) pour renforcer les bases de leur foi flageollante.
Les premiers chrétiens ont procédé de la même façon pour de nombreux autres écrits (ceux, par exemple, que l'Église nomme « apocryphes » et qui ne diffèrent des « vrais » Évangiles que parce que l'Église l'a décrété sur le tard, les jugeant théologiquement douteux ou trop loufoques pour être crus), pour les lieux saints (tous rigoureusement faux, tous « inventés » - c'est-à-dire « découverts » - fort tardivement, sans aucune garantie de sérieux : le Golgotha n'a pas été « inventé » avant le IVe siècle, la fameuse Via dolorosa, le « chemin de croix », date du XIIe siècle, etc.) et également pour les reliques. J'ai longuement parlé de celles-ci dans mon livre sur le « suaire de Turin » (Miracle ou imposture ? EPO/Golias, 1999) : elles apparaissent elles aussi plusieurs siècles après les prétendus événements jésus-christiques et remontent au mieux au IVe siècle : « saint Pierre fut enterré en seize endroits, saint Paul en dix-huit, saint Georges en une trentaine. On connaissait onze mâchoires de saint Jacques et vingt de saint Jean-Baptiste (qui laissa aussi treize crânes et soixante dents). Ignace d'Antioche laissa cinq têtes (plus celle qui fut mangée par les lions...), saint André dix-sept bras, saint Jérôme soixante doigts. Sainte Julienne, que Voragine dit avoir été massacrée du côté de Nicomédie pour avoir refusé de coucher avec son mari (cf. Mt 19, 12), laissa treize corps et quarante têtes », etc., etc. (d'après Pierre, Les saints successeurs des dieux, 1907).
Remarquons l'étrangeté de tous ces faux : si Jésus et ses douze apôtres avaient réellement existé, et si Jésus avait été considéré comme un Dieu dès l'origine, ses disciples n'auraient pas manqué de vénérer les saints lieux qu'il avait arpentés et conservé de véritables reliques de lui (et des premiers disciples) qu'ils se seraient pieusement transmises de génération en génération, à l'image de la boîte à cigares de Churchill ou du dernier costume à paillettes de Claude François. Las, rien de tout cela, les chrétiens ont tout commencer à inventer 3 ou 4 siècles plus tard. C'est un peu comme si la perruque léonine de Louis XIV datait du XXe siècle.
Bref, petit détail qu'il serait regrettable de négliger lorsque l'on s'intéresse aux origines chrétiennes : l'Église est experte en faux et en usage de faux depuis la plus haute antiquité. Assez normal, après tout, pour une institution qui s'est élevée sur le socle de l'Ancien Testament, autre réceptacle d'âneries et de bobards en tout genre, en plus d'être une ouvre de propagande nationaliste (sur ce point lire Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, 2000 - disponible en Folio histoire - et mieux encore : Thomas L. Thompson, The Mythic Past, Biblical Archeology and the Myth of Israël, Basic Books, 1999).
3° Josèphe
Il existe plusieurs versions du célèbre passage de Josèphe (« Vers ces temps-là un homme sage est né, s'il faut l'appeler un homme. »), toutes différentes entre elles. Séraphin y voit une preuve d'authenticité : pas moi, en effet, j'ai le sens du ridicule. Et se fonder sur un document rédigé par un évêque melchite du Xe siècle pour prouver l'existence d'un personnage du Ier siècle, est un défi au bon sens.
Cette curieuse méthode revient à concevoir qu'un texte écrit aujourd'hui, et dont on ne connaît pas les sources, puisse prouver la réalité d'un événement survenu durant les Croisades. Dois-je insister ? Je ne le pense pas. Si Séraphin affirme que le document qu'il sort de son chapeau est une preuve sérieuse de l'existence de Jésus, chacun jugera de la pertinence de son propos. Et s'il ne le dit pas, on se demande bien pourquoi il nous en parle, sinon pour brouiller les pistes.
Le passage concernant « le frère de Jésus » est un autre passage interpolé (Origène le connaît mais dans un texte différent). Interpolé, c'est-à-dire, je le répète (les exégètes sont experts en expressions complexes qui épatent le bon peuple en lui cachant l'essentiel) : truqué, récrit ultérieurement par un faussaire ou un copiste désireux d'allonger sa copie. Peut-on se reposer sur des documents truqués pour prouver quoi que ce soit en histoire ? Je ne le pense guère, et le Cercle Zététique non plus, à la différence de Séraphin, qui choisit de tout gober comme des oufs frais du jour.
On peut toujours tenter de raccorder tel passage à tel autre, comme le fait Nodet, ce brave dominicain d'ailleurs minoritaire dans son propre camp, multiplier les hypothèses en se fondant sur une version slave tardive (vu les renseignements que ce document fournit, il apparaît qu'il s'agit de l'ouvre d'un faussaire développant un passage lui-même truqué par un autre faussaire : quelle garantie !), mais que prouvent ces magnifiques hypothèses additionnées les unes aux autres ? Que les exégètes chrétiens sont des êtres imaginatifs peu soucieux d'élever l'esprit critique de leurs lecteurs. Et comme personne n'en a jamais douté : retour à la case départ.
J'en profite pour signaler que les écrits de Josèphe contiennent des dizaines de porteurs du nom de « Jésus ». À chaque chercheur en herbe de faire son choix, s'il désire absolument dénicher sous leurs traits un sosie de « notre » Jésus. L'un était Galiléen (tiens.) et vint à Jérusalem avec 600 hommes de guerre auxquels se joignirent 300 habitants de la ville ; un autre a rassemblé les pêcheurs du lac de Tibériade (tiens.) et a attaqué plusieurs villes la région ; etc.
Soyons clairs : aucun d'entre eux ne peut en aucune façon être déterminé comme étant le Jésus des Évangiles. Mais les auteurs des Évangiles n'y ont-ils pas puisé certains détails pour bâtir leur Vie de Jésus ? Allez savoir.
Un passage de L'Autobiographie de Josèphe est intéressant à ce titre. Après la chute de Jérusalem, en 70, Titus fit crucifier plusieurs centaines de prisonniers. Or Josèphe, se rendant auprès de lui, reconnaît parmi les captifs trois de ses amis. À sa demande, Titus les fit détacher, mais deux meurent tandis que le troisième survit. Cette anecdote n'évoque-t-elle pas dans notre esprit les « deux larrons » et Jésus en croix ? Comme vous le voyez, Josèphe peut en effet se révéler plus riche que prévu, mais pas dans le sens désiré par les apologistes chrétiens !
Puisqu'on en est dans les citations, je rappellerai simplement celle-ci, qui provient de l'un des plus célèbres historicistes (partisans de l'existence de Jésus) français au XXe siècle, Charles Guignebert, dans son Jésus :
« Il me paraît vraisemblable que Josèphe ne nommait Jésus nulle part, que les chrétiens - et peut-être aussi les Juifs, dans un sentiment différent - se sont de bonne heure étonnés et affligés de ce silence et qu'ils y ont suppléé de leur mieux, par des retouches opérées en divers temps et en divers lieux sur des manuscrits différents du chroniqueur juif. »
Je ne serai pas plus royaliste que le roi. Exit Josèphe.
4° L'existence de chrétiens au Ier siècle
Mis à part le fait qu'il n'est nullement prouvé que Josèphe ait parlé du Jésus des Évangiles et qu'on a même toutes les meilleures raisons du monde de penser le contraire, l'existence de « chrétiens » ne fait guère de doute en ce siècle, encore qu'on puisse discuter certains des passages où ils apparaissent (lorque le prétendu méchant Néron les massacre, en particulier).
Pour ma part, pour être précis, je parlerais plutôt de pré-chrétiens, de paléo-chrétiens ou de proto-chrétiens, et plus exactement encore de judéo-messianistes. Pourquoi « judéo-messianistes » ? Parce que les fouilles ne nous ont révélé aucune tombe spécifiquement chrétienne datant du Ier siècle. Les premières sépultures chrétiennes se trouvent dans les catacombes de Lucine et Domitille, au IIe siècle, et sont plutôt laconiques. Lorsqu'on les compare aux catacombes de Calliste, datant du IIIe siècle, qui fourmillent de symboles de « poissons » (symbole des premiers chrétiens) et d'images du Bon Pasteur, on s'aperçoit de la réelle évolution du christianisme entre ces deux époques. Mais on n'assiste à aucune évolution comparable entre le Ier siècle et le IIe. Parce qu'au Ier, il n'y a rien.
Premier problème : à quoi croyaient-ils exactement, ces judéo-messianistes du Ier siècle ? Lorsqu'on lit leurs textes les plus anciens, on note que tout partisans du Christ-Sauveur qu'ils soient, ceux-ci ne font absolument (sauf interpolations manifestes) aucune recension de la vie de Jésus, ne reprennent jamais aucune de ses paroles, ne citent rigoureusement aucun de ses disciples. Ce sont des textes théologiques, évoquant la figure d'un Sauveur d'un point de vue mystique. Dans l'Épître aux Hébreux (antérieure à la destruction du Temple), par exemple, le Christ est assimilé à Melchisedech, personnage de la Genèse : on dit de lui qu'il est « sans père, sans mère, sans généalogie » (7, 3)
D'où second problème : si l'on suit l'apparition des textes, remis dans l'ordre chronologique réel que n'adopte pas le Nouveau Testament pour mieux tromper le lecteur (non informé de la manip', celui-ci croit ainsi que les Évangiles ont été écrits avant les Épîtres de Paul, qui les suivent dans le bouquin, alors qu'ils surgissent en fait après), on note que « l'humanisation » de ce Sauveur s'accomplit progressivement, que les détails de sa vie, ses paroles, naissent avec le temps, ce grand pourvoyeur de légendes. L'inverse de ce qui devrait se passer se produit alors : ici, la théologie du Sauveur précède l'apparition de la Vie du Sauveur. N'est-ce pas surprenant si le personnage Jésus a bien existé ? Ne devrait-on pas normalement partir de lui, de son enseignement, se fonder sur les éléments concrets de sa vie, pour bâtir une théologie ? Éh bien il faut croire que non, d'après les historicistes. À chacun de juger.
En tout cas, voilà un indice très remarquable d'une élaboration mythique ultérieure qui devrait inciter Séraphin à y réfléchir par deux fois avant de prendre la mouche dès qu'on lui parle de la thèse mythiste.
5° Séraphin : « S'il fallait éliminer des sources de l'Histoire les sources engagées, il ne resterait plus grand-chose. »
C'est tout de même gênant, pour ne pas dire plus (je suis bon diable), de devoir se reposer uniquement sur des écrits sectaires pour prouver la réalité de ce que prétend cette secte.
Petite incidente contemporaine pour me faire comprendre auprès du lecteur non versé dans l'histoire et ses fausses complications destinées à noyer le poisson : croyez-vous que la secte raélienne ait procédé aux clonages d'êtres humains, comme elle l'annonce ? Oui ? Non ? Vous en doutez ? Lorsqu'aucun élément extérieur ne vient prouver ce clonage, devons-nous prendre la mesure de l'absence totale de preuve pour affirmer que c'est à cette secte de prouver ce qu'elle avance ou devons-nous au contraire la croire sur sa bonne mine ? À méditer. Fin de l'incidente.
6° Séraphin : Paul « développe surtout une théologie du Christ ressuscité, tel qu'il dit l'avoir rencontré », etc.
Séraphin devrait préciser que Paul ne l'a rencontré qu'en songe, ce Jésus, dans l'hypothèse la plus favorable (« Dieu a révélé son fils en moi », Galates, 1,16) et que sur ce sujet (l'apparition de Jésus), Paul ne fait aucune différence entre lui et les apôtres, précisant même 1Cor. 15:8 :
« Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu'il a été mis au tombeau, qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze. Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois (.) ; ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Et, en tout dernier lieu, il m'est apparu à moi aussi, comme à l'avorton. »
Sur le forum zététique, j'ajoute :
« Pour Paul, l'apparition de Jésus s'est faite sur le même mode, à tous. Si on le suit, nous avons affaire à une équipe de " visionnaires ", à des " voyants ", et non à des témoins relatant un événement réel. Leur réalité est d'ordre psychique, non matérielle. Que dit Paul lorsqu'il se rend à Jérusalem ? Que les " notables " de là-bas (Pierre ses amis ne sont pas qualifiés de " disciples " : pourquoi diantre ?), n'ont " rien ajouté " à ses propres révélations. Tiens donc : ceux qui sont censés avoir connu Jésus sur place, vécu à ses côtés pendant des années, partagé son enseignement, n'ont rien à lui apprendre sur le Sauveur ? Vraiment ? C'est pour le moins anormal si Jésus a vécu en chair et en os à Jérusalem à peine quelques années auparavant. Mais ça devient logique si Jésus n'existe que dans les têtes des uns et des autres, chacun se référant à ses propres révélations et à ses conceptions théologiques personnelles. Nous arpentons dans ce cas les terres fertiles de la croyance et non celles, arides, des faits. Décidément, ce n'est pas Paul qui va nous convaincre que Jésus a existé : il nous fournit même des indices laissant penser l'exact contraire ! »
Que la théologie personnelle de Paul l'incite à annoncer que le Christ est incarné, c'est probable, et j'oserais dire : c'est son problème. Pourquoi incarné ? Parce que le péché étant entré dans le monde par le fait d'un homme, Adam (Romains 5,12), le Rédempteur est nécessairement un homme. Voilà l'histoire. De là à prétendre que de telles extrapolations constituent la vérité historique, il y a une sacrée marge. Paul en convient lui-même : « .ce n'est pas d'un homme que j'ai appris mon évangile » (Galates 1,12).
Principe de logique élémentaire : on ne prouve pas l'existence de quelqu'un par la croyance qu'en ont les autres. Croyez-vous aux enlèvements des humains par les extraterrestes simplement parce que certaines personnes vous disent avoir été enlevées par des OVNIS ? Si Séraphin le pense, qu'il s'engage chez Raël, il a trouvé sa voie.
Je précisais d'ailleurs sur le forum zététique que ce qui ne laisse pas d'intriguer, au cas où l'on considère que Paul a bâti sa théologie à partir d'un homme ayant réellement existé quelques années auparavant et que ses contemporains de Jérusalem auraient côtoyé, c'est qu'il ne se réfère jamais à lui ni à son enseignement :
« Ce que Paul nous apprend indirectement sur Jésus suffit-il à nous certifier que ce personnage ait vécu quelques années à peine avant qu'il ne se mette à écrire ? Bien intrépide celui qui l'affirmerait (même les historicistes évitent habituellement de commettre une telle bévue). Lorsque l'on lit attentivement les textes, on se rend compte au contraire que Paul est particulièrement chiche sur ce Fils de Dieu, sur ce Sauveur (=> Jésus) censé sauver ses contemporains. Il ignore le nom de Marie, celui de Joseph, n'évoque pas l'existence de Jésus au temps du roi Hérode, n'indique pas non plus qu'il a souffert sous Ponce Pilate ; pas un mot sur Judas ; rien sur les évangélistes ; rien sur les pérégrinations du Sauveur ; résurrection à part (il ignore celle de Lazare), il ne fait nulle mention de ses miracles ni de ses exorcismes ; il n'évoque pas Jean Baptiste ni le baptême de Jésus dans le Jourdain ; il ne se réfère pas à Jésus comme à un enseignant, ayant délivré des paroles à méditer et à transmettre ; il ne connaît pas non plus les lieux saints où le Fils de Dieu est censé avoir évolué, n'évoque pas une seconde ses possibles reliques, son Tombeau, etc. etc. Bref, Paul ne parle ni de l'enseignement de Jésus, ni de sa carrière et reste cantonné dans des considérations théologiques ayant trait au salut des hommes, ressemblant pour une large part à celles des autres dieux sauveurs, à ceci près que les siennes s'inspirent directement des Écritures juives, à qui elles entendent correspondre. Étonnant, non, ce " témoin " ? Que Paul ait eu maille à partir avec d'autres chrétiens de Jérusalem, Pierre et Jacques notamment, c'est fort possible, mais cela n'implique pas que ces chrétiens aient vu Jésus autrement que lui, c'est-à-dire en " esprit ", autrement dit encore : dans leur petite tête. Dans les Épîtres, pas la moindre polémique sur le fait que les chrétiens de Jérusalem auraient côtoyé Jésus " en vrai ", tandis que Paul de son côté n'aurait fait que le voir " en rêve ". »
Comme le reconnaît Séraphin, Paul se fonde sur les Écritures (c'est-à-dire sur ce qu'en gros nous nommons l'Ancien Testament, ce monument d'absurdités mystico-nationalistes) pour étayer ses croyances. C'est exactement ce que disent les mythistes : Jésus est une construction littéraire et théologique établie d'après les Écritures, et Paul se conforme à la règle. On ne lit pas dans ce passage que Céphas et les Douze aient vécu avec Jésus ni partagé son enseignement, mais seulement qu'ils l'ont vu post mortem, de la même manière que Paul, lors d'une « apparition » mystérieuse que ne renierait pas Paco Rabanne. Preuve de quoi ? De rien. Passons.
Quant aux Actes des Apôtres, dont se gargarise Séraphin, rappelons-lui que ce sont des écrits tardifs (IIe siècle), romanesques, dont certains recoupent Paul et d'autres non. On n'a jamais tenté sérieusement de prouver l'existence de Jésus en se fondant sur ces écrits. Si Séraphin veux faire l'expérience, qu'il s'y mettre, je lui souhaite bon vent.
7° Paul-Éric Blanrue : « L'Évangile de Marc, considéré comme le plus ancien par la plupart des spécialistes, n'en dit mot. L'Evangélion de Marcion, certainement antérieur aux Évangiles, raconte comment un Jésus déjà adulte descendit sur Terre autour des années 30. » Séraphin : « ah oui ? qui dit ça ? Marcion ? où ? »
Oui, bien sûr, dans l'Évangélion diffusé par Marcion, comme je l'écris. Séraphin devrait un peu travailler son sujet avant de poser des questions résolues par tous les historiens ayant étudié sérieusement Jésus. Nous savons par Tertullien que l'Évangélion dit en l'occurrence (vers 140) : « La quinzième année du règne de Tibère César, aux temps de Pilate, Jésus-Christ descendit du ciel à Capharnaüm, ville de Galilée ». Oui, vous avez bien lu : pour ce document, Jésus vient du ciel, et pas de Nazareth. Comme le Melchisedech de l'Épître aux Hébreux (et comme le Logos de Philon), il est « sans généalogie ». Un drôle d'être humain, tout de même, ce Jésus. À moins qu'il ne s'agisse d'un extraterrestre, peut-être ? D'un fantôme ? Il reste quelque chose de l'aspect spectral du Jésus originel dans ce passage non remanié de Paul : « Dieu a envoyé son Fils dans une ressemblance de chair et de péché » (Romains, 8, 3), qui révèle bien son caractère fictif.
8° Séraphin : « la remise en contexe ne semble pas être le fort de Blanrue »
Je crois que si, c'est mon fort, contrairement à Séraphin qui ne connaît rien à l'époque dont il parle pourtant comme s'il y avait vécu, mais que le silence des documents est tellement dérangeant (quoi qu'on fasse mine de prétendre le contraire dans les annexes des églises où travaillent les exégètes) qu'il faut absolument le taire.
Et je répète : si les Évangiles étaient composés au Ier siècle pourquoi fichtre ne sont-ils pas cités au début du IIe pour éclaircir un point théologique alors que les débats font rage ? Je ne sache pas que les Évangiles ne soient pas habituellement cités par les théologiens, et j'ai même tendance à constater systématiquement le contraire.
9° Séraphin : « Si Jésus a existé, il a été avant tout un homme, juif de son temps. Comme les autres sa date de naissance relève de l'approximatif (et du non intérêt de son vivant). »
Notons que pour les évangélistes, qui se piquent, eux, de fournir des élements de nature historique, cette naissance n'est pas un « point de détail ». Ils la recomposent ensuite en fonction de divers critères qui ne sont pas historiques ? Mais oui. C'est cela qui compte, dans mon argumentaire, parce que leur façon de procéder éclaire leur méthode, que je mets en lumière ensuite en m'appuyant sur d'autres exemples (je ne me contente pas de parler de la naissance de Jésus, évidemment).
Les évangélistes usent ainsi de la même méthode avec toute la vie de Jésus, qu'ils retracent littérairement en utilisant le midrash, des prophéties extraites de « l'Ancien Testament », etc., en les intégrant dans l'histoire récente, celle où l'Envoyé devait apparaître selon les prophètes (voir plus bas). Jésus se présente donc entièrement comme une reconstruction a posteriori.
Je ne dis pas que la naissance de Jésus devait être assurément connue des évangélistes, avec une précision astronomique. Je remarque méthodiquement que ceux-ci se sont efforcés, pour des raisons théologiques évidentes, de la faire apparaître dans certaines circonstances, accompagnées de certaines données historiques qui ne résistent pas à la lecture et révèlent leur intention théologique de départ, leur préjugé fondateur.
Total : les Évangiles ne sont PAS des écrits historiques, mais des écrits procédant d'une intention théologique. Voilà ce qu'il faut retenir de tout ceci.
Pour que le lecteur n'ait pas à me croire sur parole, je vais ici lui donner quelques exemples de la contruction théologique et littéraire de Jésus d'après des textes juifs antérieurs :
- Dieu vient sur Terre en tant qu'homme ? D'après le Livre d'Hénoch (1,9), à la fin des temps « Dieu visitera la terre » ; autre source : « . jusqu'à ce que le Très-Haut visite la terre et qu'il vienne lui-même (.) Il sauvera Israël et toutes les nations, Dieu assumant un rôle d'homme. » Testament d'Aser 7, 3 ; « . Le Seigneur suscitera quelqu'un de Lévi, en tant que grand prêtre, et de Juda, en tant que roi, Dieu et homme à la fois. C'est lui qui sauvera les nations et la race d'Israël » Testament de Siméon 7, 2.
- Le Sauveur s'appelle « Jésus » ? Normal : Jésus, Yechoua, signifie « Sauveur » ou « Salut » C'est une allusion à Josué, Yehochoua, même nom que Jésus, qui fait entrer Israël en Terre promise. Josué est par parenthèses le fil de Noun, dont le nom signifie « poisson », le symbole des premiers chrétiens (quel hasard).
- - Sa naissance à Bethléem ? Parce que de cette bourgade, où est né le roi David, « sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël » (Michée, 5,1)
- - Le prénom de sa mère, Marie, visitée par l'ange Gabriel ? « L'esprit de Dieu tomba sur Marie (sour de Moïse, ajout Paul-Éric Blanrue) pendant la nuit et elle eut un songe (.) Voici qu'un homme était debout avec un vêtement de lin et il me dit : va et dis à tes parents : ce qui naîtra de vous sera jeté dans l'eau, parce que par lui l'eau sera séchée. Je ferai par lui des signes et je sauverai mon peuple. » (Livres des Antiquités bibliques)
- - Le prénom de Joseph ? Le Joseph de l'Ancien Testament était un champion de la chasteté et avait des songes nocturnes (Genèse 37, 19), comme le « père » de Jésus ; selon Zacharie, le messie sera de la « maison de Joseph » (10, 6).
- - Le « massacre des innocents » ? Identique à celui auquel Moïse a échappé (Exode 1, 22).
- - Le voyage en Égypte ? « J'ai rappelé mon fils de l'Égypte » (Osée, 11, 1).
- - Les disciples de Jésus sont surtout des pêcheurs ? « Voici que j'appelle en foule des pêcheurs - oracle de Yahweh - et ils les pêcheront » (Jérémie, 16, 16)
- Il a douze apôtres ? Comme les douze tribus issues des douze fils de Jacob.
- - Pourquoi un sermon pacifique « sur la montagne » ? « Qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds du messager qui publie la bonne nouvelle de la paix ; de celui qui annonce le bonheur, qui publie le salut. » (Isaïe, 52, 7)
- - Pourquoi un passage sur le mont des Oliviers ? « Ses pieds se poseront en ce jour-là sur la montagne des Oliviers, qui est en face de Jérusalem » (Zacharie, 14, 4)
- - Les guérisons, les paraboles, les résurrections ? «. il envoie sa parole, et il les guérit, et les délivre de leurs tombeaux » (Psaume, 107, 20) ; « En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre et, sortant des ténèbres et de l'obscurité, les aveugles verront » (Isaïe 29, 18)
- - La multiplication de nourriture ? « Un homme (.) apporta à l'homme de Dieu (.) vingt pains d'orge et de gruau dans sa besace. Élisée dit : Donne aux gens et qu'ils mangent ! Mais son serviteur dit : Comment servirai-je cela à cent personnes ? Il dit : Donne aux gens et qu'ils mangent ! Car ainsi a parlé Iahvé : On en mangera et il en restera. Il les servit ; ils en mangèrent et laissèrent des restes, suivant la parole de Iahvé » (2 Rois 4, 42-44)
- - Sa marche sur les flots ? Car pour Job 9, 8 : Dieu « marche sur les flots de la mer ».
- - Son arrivée à Jérusalem, monté sur un âne ? « Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon » (Zacharie 9, 9).
- - La querelle avec les marchands du Temple ? « . en ce jour-là il n'y aura plus de marchands dans la maison du Seigneur. » (Zacharie 14, 21)
- - Le principe de la nouvelle alliance ? « Voici, des jours vont venir, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle » (Jérémie 31, 31)
- - Une alliance scellée par le sang ? « Moïse prit la moitié du sang et la mit dans les coupes : (.) Moïse prit le sang, en aspergea le peuple et dit : Voici le sang de l'alliance, que le Seigneur a conclue avec vous » (Exode 24 6 et 8)
- - La Cène ? « Ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent » (Exode 24, 11)
- - La mort de Jésus ? « . celui qui est sans péché mourra pour les impies dans le sang de l'Alliance pour le salut des nations et d'Israël » (Testament de Benjamin, 3, 8)
- - Il faut aimer « son prochain comme soi-même » ? Déjà écrit dans le Lévitique 19, 18. Et le docteur juif Hillel, mort vers l'an 10, recommandait : « Aimez vos compagnons sur la terre, aimez toutes les créatures » (Pirqé Aboth, 1, 12).
- - Aimer ses ennemis ? « Si quelqu'un cherche à vous nuire, vous, en faisant le bien, priez pour lui, et vous serez libérés de tout mal par le Seigneur ». (Test. de Joseph, 18, 2).
- - Jésus a été trahi par un proche après un repas ? « Même l'ami sur qui je comptais et qui partageait mon pain, a levé le talon sur moi » (Psaume 41, 10)
- - Il est peu loquace face à Pilate ? « Il a été amené comme un agneau à la boucherie, et a été comme une brebis muette devant ceux qui la tondent ; et il n'a pas ouvert la bouche » (Isaïe 53, 7).
- - Il se laisse maltraiter ? « J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ; je n'ai pas dérobé mon visage face aux ignominies et aux crachats » (Isaïe 50, 6).
- - Crucifié ? « . une troupe de scélérats rôdent autour de moi ; ils ont percé mes mains et mes pied » (Psaume 22, 17)
- - Pourquoi l'avoir amené devant Pilate ? « C'est par les ordres des Gentils que cet homme sera mis à mort » (Écrit de Damas, 9, 1)
- - Partage des vêtements ? « Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement » (Psaume 22, 19)
- - Les moqueries ? « Tous ceux qui me voient me bafouent. Leur bouche ricane. » Psaume 22, 7-9
- - Les amis qui se tiennent à distance ? Voyez vous-même au Psaume 38, 12.
- - Les larrons ? « Il a été compté parmi les malfaiteurs » (Isaïe 53, 12)
- - Les ténèbres ? « Il adviendra ce jour-là que je ferai coucher le soleil en plein midi » (Amos 8.9)
- - Le vinaigre ? « Ils m'ont donné à manger du fiel. Dans ma soif, il m'ont abreuvé de vinaigre » (Psaume 69, 22)
- - Le coup de lance ? « Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé » (Zacharie 12, 10)
- - Les jambes non brisées ? « On ne lui brisera pas un os » (Exode 12, 46)
- - Les derniers mots de Jésus ? Rendez-vous au Psaume 22, 2.
- - Une sépulture offerte par un riche ? « .. Dans sa mort il est avec le riche. » (Isaïe 53, 9)
- - Résurrection au bout de trois jours ? « Jonas fut dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits » (Jonas 2, 1) et en ressort vivant ; « au troisième jour il nous ressuscitera et nous revivrons devant lui » (Osée 6, 2).
etc.
Ce n'est évidemment qu'un échantillon (pour plus de précisions, lisez par exemple Robert Price, The Incredible Shrinking Son of Man : How Reliable Is the Gospel Tradition ?, Prometheus Books, 2003). Échantillon d'histoire brute ou de prophéties mises bout à bout permettant de dessiner le portrait-robot du Sauveur ? En tout cas, s'il n'ouvre pas les yeux à Séraphin, je n'y puis rien.
10° Séraphin : « des contradictions ne sont pas toujours la preuve qu'un fait n'a pas eu lieu »
Certes, mais elles doivent nous inciter à la vigilance car elles peuvent justement constituer cette preuve, ce que Séraphin semble hélas oublier, parce qu'il prend le parti de croire au lieu de douter (première exigence de l'esprit de méthode, pourtant).
11° Séraphin : « Blanrue analyse les Evangiles comme si ils étaient des livres d'histoire (une Histoire de Jésus, conçue avec les critère de l'Histoire moderne !) alors qu'il a reconnu lui-même que c'était essentiellement des textes à vocation théologique. Etrange ! »
Nullement. Je constate qu'on nous dit que ces écrits prouveraient l'existence historique d'un personnage, et je m'étonne : comment ? des documents théologiques prouveraient l'existence d'un personnage historique ? Comme dirait Séraphin : « étrange » !
12° Séraphin : "En outre, évitons tout anachronisme : l'histoire telle que comprise aujourd'hui (depuis le début du 20ème - et encore !) n'a pas grand chose à voir avec ce qu'était l'histoire dans le passé. Dans le passé elle devait servir (l'Etat, la morale, une cause, à édifier, etc.) On n'hésite pas à recomposer non plus (discours etc.) même chez les plus grands historiens. Mais Blanrue n'est pas à un anachronisme prêt apparemment."
Je ne vois pas où est l'anachronisme, je dis qu'on a truqué les écrits chrétiens et Séraphin en convient, d'ailleurs. Que d'autres écrits l'aient été également, c'est une certitude, so what? On doit procéder de la même façon avec eux. Je passe ma vie à faire ce genre d'exercice, sur tel ou tel document (cf. mes articles dans la revue Historia), mais je m'aperçois que ce qu'on tolère dans les autres cas devient un scandale lorsqu'on s'attaque aux origines chrétiennes. Instructif.
Comprenons bien que ce qui conduit à remettre en cause l'existence de Jésus, c'est la démonstration que les Évangiles sont de a à z (de sa naissance à sa mort) un ensemble théologique, et c'est ce que je m'efforce d'établir. Il ne s'agit pas de s'arrêter béatement à la naissance de Jésus et de triompher sans gloire, ni de montrer qu'un passage ici, un autre là, trahit une vague intention religieuse, mais de fournir des éléments démontrant que l'ensemble n'est qu'une construction théologique faite de bric et de broc. Tel est l'objet de mon article synthétique sur le net.
Pour l'instant, le fait que les estimations des évangélistes soient approximatives prouve bien que ce ne sont pas des écrits historiques probants - point. Ce n'est pas moi qui ai obligé les évangélistes à faire preuve d'un zèle inconsidéré dans leur reconstruction tardive. Ils ont pris un risque, qu'ils en payent les conséquences. Je démontre simplement et objectivement que leurs différentes thèses ne tiennent pas la route.
13° Séraphin : « Blanrue suppose que Luc savait que le recensement avait eu lieu en 6. Une telle précision est peu probable : on imagine mal Luc faisait des fouilles aux archives (lesquelles ?) pour retrouver la date exact de ce recensement. »
Séraphin a grand tort s'il croit que les archives n'existaient pas en ce temps-là ! Quant au recensement de Quirinius, Luc n'a pas eu à chercher bien loin, puisque c'est dans Josèphe (Antiquités juives, 18, 1).
14° Séraphin : « tout cela est fort juste mais que sous-entend Blanrue ? que parce qu'après coup on en a rajouté dans le folklore médiéval, les textes du départ sont tout aussi faux ? Si c'est le cas, le raisonnement m'échappe, et de loin ! »
Ce que Séraphin ne comprend pas, en effet, c'est qu'il lui revient de prouver qu'il existe des « textes de départ » (historiques) prouvant l'existence de Jésus, de nous préciser lesquels et de nous dire ensuite, méthodiquement, ce qui leur a été ajouté par la suite et ce qu'il convient de conserver. Pour ma part, je constate que, ligne après ligne, l'ensemble des Évangiles est une construction de l'esprit, une spéculation fondée sur des spéculations plus anciennes, un scénario bâti d'après les prophéties vétérotestamentaires (ou ce que les judéo-messianistes tenaient pour telles), et non un rapport historique badigeonné d'un léger vernis théologique. Il n'y a pas de placage théologique sur un homme, mais un homme apparaissant à la suite d'un raisonnement théologique. Voilà ce qui me conduit à penser que la thèse mythiste est plausible, et même la plus plausible de toutes.
15° Paul-Éric Blanrue : « Cette démonstration (de Guy Fau) est assez éclairante. » Séraphin : « ah oui ? éclairante de quoi ? Elle émet l'hypothèse que la naissance de Jésus coïncide trop avec des prophéties (réinterprétées par la suite) pour être vraies. Ce n'est qu'une hypothèse. Et une hypothèse qui utilise ce qu'elle doit démontrer (Jésus est un mythe) pour interpréter et démontrer que Jésus est un mythe ! »
Ce n'est pas moi qui prétends que la naissance de Jésus est un fait historique mais les évangélistes, qui utilisent pour le prouver (il faut croire que ça leur tient à cour) des références qui les entraînent à se contredire et diverses prophéties qui nous font prendre conscience de la nature théologique de leur démarche. Est-ce suffisant pour prouver que Jésus n'a pas existé ? Non (re-). Les évangélistes auraient pu s'en tenir là et brosser ensuite une vie de Jésus fondée sur des faits non contestables, non uniquement fondés sur les Écritures, qu'on aurait pu recouper avec des faits reconnus. L'ennui, c'est que tout le reste des Évangiles est du même tonneau : une construction théologique, une vue de l'esprit, un bricolage judéo-christique gangréné par des éléments hétérogènes, bref un habit d'Arlequin spéculatif.
16° Séraphin : « Blanrue se contredit. D'une part, il dit que tout le monde savait ( ? ? ? c'est peu sûr !) que le Messie devait naître au plus tard entre -4 et +6 et en même temps, comme preuve ( ? !) il affirme (ce qui est plus sûr) que Suetone et Flavius Joseph savaient que le Messie devait paraître vers +67 ! Et même +69 (Vespasien accédant au trône impérial à cette date). Ce qui nous fait un bien vieux Messie ! En tout cas cela suffit à prouver qu'à l'époque on n'interprétait pas exactement la prophétie de Jacob comme le fait Fau »
Séraphin confond tout et n'a pas lu correctement ce qu'écrit Fau. Il est bien normal que les Juifs aient repris à leur compte ce genre de prophéties dès qu'ils ont voulu s'opposer au pouvoir romain, en 67 comme avant et après. Le courant judéo-messianiste ne s'est pas arrêté en 67 et n'a pas commencé à cette date non plus. L'important, c'est l'oracle en lui-même évoquant l'arrivée d'un Envoyé dans des conditions historico-politiques qui rejoignent les dates approchées par les évangélistes. C'est tout. En résumé : les évangélistes, fouillant les Écritures annonçant l'arrivée d'un Sauveur, avaient un passage tout prêt sous leurs yeux, qui leur fournissait une date de naissance plausible.
D'autres prophéties leur permettaient de cerner davantage l'époque où Jésus avait pu exister. Un autre excellent auteur, Michel Gozard, Jésus, Une histoire qui ne peut pas être de l'Histoire, 2002, Publibook, fait ainsi état d'un autre oracle intéressant. Il s'attache à étudier une prophétie de Daniel (9, 24-26), selon laquelle un messie doit se manifester après 69 septénaires, c'est-à-dire après 483 ans (un septénaire fait 7 ans). Ces 483 années sont à compter à partir, dit Daniel, du « surgissement d'une parole en vue de la reconstruction de Jérusalem. » Selon Gozard, ce moment « peut être la lecture publique de la Torah faite par le prêtre scribe Esdras devant tout le peuple de Jérusalem après le retour de babylone en 458 », supposition parfaitement légitime.
Faisons le calcul : 458 - 483 = l'an 26 de notre ère (l'an zéro n'existant pas). Si le Messie doit se révéler dans un 70e septénaire, il le fera donc entre 26 et 33, ce qui correspond au gouvernement de Pilate. Si nous y ajoutons la prophétie du Shiloh, nous obtenons les dates de vie et de mort de Jésus.
Ce sont certes des hypothèses (un mythiste peut parfaitement s'en passer), mais elles sont intéressantes en ceci qu'elles indiquent qu'à partir des Écritures, des judéo-messianistes s'interrogeant sur la venue de leur Sauveur avaient tout loisir de retrouver le moment où celui-ci avait pu naître et mourir.
17° Séraphin : « si Jésus est le Messie, il a forcément réalisé les prophéties de l'AT le concernant »
Tout le problème, c'est que sa vie se calque jusque dans ses moindres détails sur les Écritures (le partage de ses vêtements après sa mort, par exemple : on imagine difficilement qu'il l'ait fait exprès), ou par l'utilisation du midrash (jeux sur les mots). Une vie entière décalquée sur des prophéties et des jeux de mots est-elle historique ? Non. À moins d'être un fondamentaliste religieux, et croire que tout ce qui était prédit devait arriver, et encore. Mais dans ce cas, il n'y a plus de discussion possible : c'est le fanatisme contre la méthode scientifique.
18° Séraphin : « on a découvert récemment en faisant des fouilles sous la basilique à Nazareth des demeures creusées dans la roche antérieures aux 2ème s., contrairement à ce que l'on avait trouvé jusqu'ici (village datant du 2ème siècle). »
Je remarque que Luc dit que Nazareth est bâtie « au sommet de la montagne » (4, 29) d'où certaines gens étaient « précipitées ». Il suffit d'aller y voir et se forger son opinion. Je m'y suis rendu. Or comme aucune reconstruction de la scène de Luc n'est possible sur place, les agences de tourisme et les guides-prêtres des lieux vous conduiront au « Mont de la Précipitation » à plusieurs kilomètres de là ! Les voyages forment la jeunesse, n'est-il pas ?
19° Séraphin : « les récits des Evangiles sont des récits théologiques qui veulent monter que cet homme qu'on fréquenter les apôtres et les gens était bien le Messie d'Israël (et c'est Matthieu qui écrit ça, lui qui s'adresse à des Juifs !) La méthode est courante. On ne peut reprocher à un texte de l'antiquité... d'être de l'antiquité ! »
Ils ne sont que cela, ces écrits, théologiques tout du long. Que Séraphin nous dise quand ils commencent à ne plus être des « récits théologiques » pour devenir des « récits historiques » fiables, et nous avancerons plus vite.
Autre chose : contrairement à ce qu'il croit, des historiens dignes de ce nom existaient dans l'Antiquité et n'avaient nul besoin de raconter des sornettes à base théologique pour être lus et appréciés. Le plus ancien ? Thucydide, Ve siècle avant notre ère. Sa méthode de travail est encore considérée comme l'une des meilleures. Cessons de prendre tous nos ancêtres pour des imbéciles, merci.
20° Séraphin : « Blanrue oublie ( ?) de préciser que le culte d'Adonis est introduit à Bethléem au 2ème siècle APRES Jésus-Christ par les Romains qui avaient comme petite idée d'éradiquer le christianisme (l'Eglise on l'a vu fera de même avec Noël, les bonnes recettes sont toujours réutilisées !) »
Bon, je vous renvoie ici à une réponse faite il y a quelques années sur la liste de diffusion zététique :
« Saint Epiphane écrit : "Luc a dit qu'aussitôt né l'enfant fut emmailloté,et déposé dans une crèche et dans une grotte..." (Contre les hérésies, LI, 9). Saint Justin le premier, au IIe siècle, parle de la grotte de Bethléem, ainsi d'ailleurs que les versions de l'évangile de l'Enfance (écrits dits apocryphes).Il semble donc que le texte de Luc (I, 7) ait été censuré, puisqu'il se contente de dire que Marie coucha l'enfant dans une crèche (sans doute en réminiscence du Psaume LXXVIII où le Seigneur choisit David dans une bergerie), et sans référence à la moindre espèce de grotte. Les censeurs de Luc devaient certainement avoir une bonne raison de faire ce caviardage. Laquelle ?
Saint Jérôme rapporte que depuis Hadrien jusqu'à Constantin, il y avait à Bethléem un bois sacré d'Adonis Thammouz, et qu'on pleurait l'amant de Vénus dans la grotte où Jésus avait vagi (Lettre à saint Paulin de Nole, LVIII, 3). On sait également, par Ézéchiel, VIII, 14, qu'Adonis Thammouz avait été vénéré en Palestine, y compris devant le Temple de Yahvé, ce qui rend ce témoignage crédible. On voit donc quelle a pu être la cause vraisemblable de la censure dont Luc a été l'objet. Il est fort probable que les premiers chrétiens se soient emparés de cette grotte pour remplacer le culte d'Adonis par celui du petit Jésus (c'est humain, et ce ne serait pas la première fois que le lieu d'un culte ancien se voit investi par un culte nouveau), et que par la suite, on ait voulu cacher ce "vol", cet emprunt sacré, en gommant la référence dans le texte de Luc... »
Je m'empresse de dire que cette critique historico-textuelle s'inspire de celle de l'historiciste André Neyton, agrégé de l'université, dans un livre Les clefs païennes du christianisme, Belles Lettres, 1979.
21° Séraphin : « on n'en veut pas à Blanrue, qui nous explique à nouveau des
rajoutes tardives au folklore (saint François !) pour attaquer les origines ! »
Je démontre simplement que tout, dans le christianisme, qui paraît si solide parce que nous sommes en présence aujourd'hui d'une longue tradition qui nous saute à la figure sous la forme d'un bloc, tout, dis-je, n'est que rajout, création, invention tardive, spéculation, détournement, trucage.
22° Paul-Éric Blanrue : « reprise d'un mythe folklorique inséré dans la vie du Christ » Séraphin : « quel mythe folklorique ? de quoi parle-t-il ? Mythra ? Adonis ? mais ça ne marche pas ! »
Si, si, ça « marche » très bien. Les dieux antiques se passaient des caractères de l'un à l'autre, l'époque en question est celle du syncrétisme, du grand brassage des mythes, et les emprunts sont multiples, pas seulement dans le cadre du christianisme. Tout ceci est très, très connu, je n'ai pas à y revenir. Pour preuve, d'où vient la date de naissance de Jésus, le 25 décembre ? De la fête de Mithra ! (On écrit Mithra, au fait)
23° Séraphin : « Paul est à Corinthe d'où il écrit une lettre aux Thessaloniciens juste avant d'être jugé par le proconsul Gallion, frère de Sénèque (Actes18, 12). On ne savait pas grand chose de ce proconsul (le proconsulat nedure qu'un an). Or, lors des fouilles archéologiques à Delphes en 1905, on atrouvé une inscription portant le nom du proconsul Gallion qui l'a été en51/52. »
J'y ai répondu dans le forum zététique :
« Contrairement à ce que semble croire notre critique qui se pique de " logique ", le fait qu'un personnage historique soit cité dans un des textes qu'on attribue à Paul ne constitue évidemment pas une preuve en soi de l'existence dudit Paul, sinon cela suffirait à faire de la pseudo-donation de Constantin (faux célèbre, qui a octroyé à la Papauté l'imperium sur l'Occident) un document authentique. Je pense pour ma part que Paul a existé, mais vu les débats existants sur la datation de ses Épîtres (débat entre historicistes eux-mêmes, s'entend), on n'est pas sorti de l'auberge. »
24° Séraphin : « Donc, la première Epître aux Thessaloniciens est datée de 51 ou 52.Il faut lire cette Epître : le Christ est déjà appelé Messie, Seigneur et Fils de Dieu. Et dans cette lettre Paul félicite les Grecs d'avoir imité lesEglises de Judée (1 Th 2, 14) et "les Juifs, eux, qui ont tué le SeigneurJésus ... ils nous ont persécutés et nous empêche de prêcher aux païens "(Idem). »
Dommage, cette phrase est justement dénoncée par la plupart des historicistes comme une interpolation tardive (un bidonnage), utilisée contre les Juifs. Encore faut-il le dire. Et le savoir.
25° Séraphin : « Il est intéressant de noter, à la fin du chapitre 4, que Paul dit que le Christ reviendra, alors les morts ressusciteront, et eux, les vivants,"seront enlevés avec les morts sur les nuées" selon ce qu'a enseigné Jésus à ses disciples (son retour glorieux et très prochain alors que beaucoup d'entre eux seraient encore en vie). Cette phrase ne peut pas être une ajoute ultérieure et date donc de 50/52... Cette Epître contient aussi des références à une série de paroles et d'enseignement du Christ que l'on retrouve bien dans nos Evangiles. Je ne comprends pas le désintérêt de Blanrue pour des sources datées avec certitude qui permettent qd même de se faire une idée plus précise... »
Sur le forum zététique, j'ai écrit et j'y reviens :
« Paul ne dit nulle part que les apôtres de Jérusalem ont côtoyé Jésus "en vrai". Ceux qui vivent encore à son époque et à qui Jésus est apparu sont à son image : ils ont eu des visions de Jésus. Paul évoque clairement des apparitions post-mortem et pas autre chose. Comme celles de la Vierge à Lourdes ou à Fatima, en quelque sorte. Ce n'est pas ce qu'on appelle des "témoignages probants". »
Et aussi : « Comme je l'ai montré dans le message précédent (Paul) ne sait justement de Jésus que ce qui relève de la pure théologie du Fils de Dieu, de l'Homme céleste, du Sauveur cosmique (Jésus signifie "Yahwé sauve") mort et ressuscité (c'est assez normal, d'ailleurs, puisque c'est la métaphysique à la mode, à l'époque, chez les Grecs et les Romains). Tout le reste, toute l'humanité de Jésus précisément, Paul l'ignore. Ce qui constitue la base de son raisonnement, c'est le Fils de Dieu triomphant de la mort. Il ne précise jamais ni où ni quand se serait déroulée sa vie terrestre, ni où ni quand il aurait été jugé, ni où ni quand il est mort (la seule et unique précision de Paul, accusant clairement les Juifs d'avoir mis à mort Jésus dans Thessalonissiens 2:15-16, est rejetée par la plupart des exégètes historicistes - comme une interpolation ultérieure). Étonnant, si Jésus fut un être humain, et plus encore le fondateur tout juste disparu de la secte chrétienne, ne croyez-vous pas ? Comment ! Voilà un homme que l'on vénère comme étant le Fils de Dieu, qui meurt puis ressuscite (du moins ses proches le croient-ils) et l'un de ses plus grands fans, Paul, se moquerait de sa vie terrestre comme de son premier chameau ? Il ne lui vient pas à l'esprit d'aller faire un petit pèlerinage au Tombeau de son idole ? D'arpenter la Galilée ? D'aller prier à Nazareth ? De brosser un récit même bref des principaux événements survenus dans la vie du Sauveur de l'humanité ? De mettre ses paroles en valeur ? D'interroger ceux qui l'ont approché, connu, aimé, et de s'inspirer de leur prédication dans son enseignement ? Eh bien non : lorsqu'il se rend à Jérusalem, Paul n'en apprend pas plus que ce qu'il sait déjà par ses révélations personnelles de visionnaire de Tarse - et il s'en tient là, le bougre ! Si cela ne vous étonne pas et ne vous fournit pas l'occasion de vous poser des questions sur ce curieux Jésus, Fils de Dieu si magnifique qu'il sauve l'humanité de la mort mais homme si falot que personne ne se préoccupe de relater ses hauts faits, je n'y peux rien, à chacun sa sensibilité et sa méthode. Pour ma part, je donne le fait pour ce qu'il vaut, à chacun de se forger son avis. Je remarque simplement que Paul n'élabore sa théologie qu'à partir d'éléments strictement théologiques puisés dans les Écritures, et nullement sur la vie d'un homme que des proches auraient rencontré. »
26° Paul-Éric Blanrue : « Dans le cas des Évangiles, le problème de datation ressort de l'absence des originaux des documents. » Séraphin : « J'aime beaucoup cette phrase ! Décidément Monsieur Blanrue est un historien étonnant ! On ne possède aucun original des textes antiques ! La copie la plus ancienne du De Bello Gallico, de César par exemple date de l'époque carolingienne soit 800 ans après l'original ! Et le De Bello. est un des textes antiques dont on possède une copie les plus anciennes ! Les autres (Platon, Virgile, Sénèque, Juvénal et tant d'autres) ont leurs plus anciennes copies datant d'après +1000 ! On s'étonne une fois de plus que Blanrue dise « dans le cas des Evangiles ». »
Mais oui, et alors ? Dans le cas de certains autres documents non chrétiens, le problème de datation et de fiabilité existe aussi de ce seul fait. Et on n'en fait pas tout un sermon sur la montagne. Serait-ce parce qu'ici, nous touchons à la principale religion de l'Occident ? Je n'ose le croire. Quoique.
27° Paul-Éric Blanrue : « rendant vaines analyses d'encre et études paléographiques. » Séraphin : « je ne comprends pas cette phrase ! Bien sûr que si que ces analyses sont possibles sur le Vaticanus et le Sinaïticus ! »
Au cas où Séraphin l'ignore, il existe des écrits du Ier siècle de notre ère, sur lesquels de telles analyses sont absolument possibles et ont d'ailleurs été réalisées durant ces cinquante dernières années. Certains des manuscrits de la mer Morte, par exemple. Notons, pour enfoncer le clou (sans jeu de mots), que nul Jésus-Christ n'apparaît sur ces documents. C'est grave, docteur ?
28° Paul-Éric Blanrue : le texte des Évangiles « est l'aboutissement d'un effort rédactionnel de longue haleine, le résultat de couches successives. » Séraphin : « c'est une hypothèse sérieuse, effectivement, mais une hypothèse seulement »
Les exégètes historicistes comme les mythistes ont depuis fort longtemps déterminé dans les Évangiles de multiples strates rédactionnelles relevant de transformations opérées à travers les temps. Il est surprenant que Séraphin n'en soit pas informé. S'il affirme qu'ils ont été écrits d'un bloc, sans retouche, qu'il le prouve, parce que sa position est unique (ou assimilable à celle des fondamentalistes).
29° Séraphin : « Les dates habituellement attribuées aux Evangiles (après 70) ne reposent sur rien de vraiment sérieux »
On sait pertinemment que les Évangiles ont été écrits après 70 sur la seule critique interne des documents : « Vois-tu ces grandes constructions ? Il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée » (Mc 13, 2, Mt 24, 2, Lc 21, 6) ; « .les Romains viendront et détruiront notre lieu saint et notre nation »(Jn 11, 48). Il est ici clairement question de la destruction de Jérusalem par la soldatesque romaine. Notons entre parenthèses que rien, dans la situation politique des années 30, ne permettait de prédire une telle catastrophe. À moins d'être le fait de réels extralucides, ce dont je doute (allez savoir pourquoi), ces textes sont donc postérieurs au drame.
Pis, on trouve aussi dans ces écrits une allusion très claire à la deuxième guerre juive, qui eut lieu au IIe siècle : « Quand vous verrez l'abomination de la désolation dressée où il ne faut pas - que celui qui fait la lecture aux fidèles comprenne - alors que ceux qui sont en Judée fuient dans les montagnes. (Marc 13,14). Rappel : à cette époque, Hadrien a fait dresser une statue de Jupiter dans le Temple de Jérusalem restauré, un horrible blasphème (c'est peu de le dire) pour les Juifs, qui se révolteront (132-135) sous la conduite de Bar-Kokheba.
30° Séraphin : « On voit donc que dans l'hypothèse émise plus haut, il existerait qd même un personnage historique à la base. »
Si Séraphin pense qu'un vrai récit historique a existé avant d'être formulé en termes théologiques, qu'il le dise clairement, décrive ce qu'il contient et nous explique comment il s'y prend pour le déterminer. Sans cela, sa critique se résume à du vague et du « peut-être ».
31° Séraphin : « que l'image de Jésus varie d'un Evangile à l'autre, c'est plutôt une preuve de leur authenticité. S'ils étaient identiques ou trop cohérents, ils seraient suspects. »
Justement non. Cela prouve que les évanglistes avaient des conceptions théologiques différentes lorsqu'ils écrivaient leur Vie de Jésus. Lorsque deux témoignages sont cohérents, sont-ils suspects ? Dans les mauvaises séries policières de TF1, peut-être, mais pas en histoire. Je dirais au contraire (voyez par exemple les récits de la Passion, tous différents de l'un à l'autre quant au déroulement des événements cf. le tableau comparatif réalisé par André Brisset, Cahiers du Cercle Ernest Renan, n°174, 1991) que les Évangiles ne sont pas compatibles entre eux, ce qui est plus beaucoup grave sur le plan historique.
32° Séraphin : « Les contradictions sont moins nombreuses qu'on ne l'affirme souvent »
Allez, tiens, quelques exemples pour sortir du blabla dans lequel Séraphin se complaît :
- Jésus pacifiste et altruiste ? « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage (.) Heureux les artisans de la paix, car ils seront appelés Fils de Dieu » (Matthieu, 5/4 et 5/9) ; « Bénissez ceux qui vous maudissent » (Luc, 6/28) ; « Aimez vos ennemis » (Matthieu, 5/44)
- Jésus guerrier ? « N'allez pas croire que je suis venu apporter la paix, mais l'épée » (Matthieu, 10/34) ; « Je suis venu apporter le feu sur la terre et comme je voudrais qu'il fut déjà allumé ! » (Luc, 12/19)
Et puis, ah, il y en a un que j'aime vraiment beaucoup : en Marc 9/40 et Luc 9/49, Jésus dit : « Qui n'est pas contre nous est avec nous ». Or en Matthieu 12/30 et en Luc 11/23, il dit : « Qui n'est pas avec moi est contre moi. » Absolument le contraire !
Amusant, non ?
33° Séraphin : « Le fait que les Evangiles (les 3 premiers en tout cas) soient une traduction de l'Hébreu (en tout cas pour la majorité du texte) montrerait qu'ils ont été écrit en milieu uniquement juif (l'hébreu n'étant pas la langue parlée mais la langue liturgique et biblique des Juifs de l'époque) donc avant 70 »
Ah bon ? Il n'existait plus de « milieu juif » après 70 ? Je crois bien que si, justement. Et même des milieux judéo-messianistes, puisqu'il y eut une seconde révolte juive, au IIe siècle. Et que, de toute façon, les « milieux juifs » ont continué à exister autour du Bassin méditerranéen après la chute de Jérusalem.
34° Séraphin : « ce n'est pas l'anticléricalisme de Las Vergnas qui me dérange ici, on peut être un bon chercheur et être papiste ou anticlérical :-)) , c'est le fait que son "Jésus existe-t-il ?" date d'il y a près de 50 ans ! Beaucoup de progrès ont été faits depuis... et des découvertes... »
Personnellement, je trouve au contraire qu'on a plutôt reculé en matière de critique de textes depuis le temps de Las Vergnas. Heureusement, ces dernières temps, de vigoureux penseurs tentent de remettre la thèse mythiste à l'honneur, par exemple le philosophe Michel Onfray (Traité d'athéologie, Grasset, 2005) ou encore Raoul Veneigem (La résistance au christianisme. Les hérésies des origines au XVIIIe siècle, Fayard, 1993).
Quant aux fameuses « découvertes », il y en a eu, certes, mais aucune n'a jamais établi l'existence de Jésus. À moins que Séraphin ne fasse allusion au faux ossuaire de Jacques, ouvre d'un escroc israélien, que j'ai dénoncé le jour même comme une imposture sur la liste de diffusion zététique alors que les médias, toujours si sobres, hurlaient à la « preuve archéologique » de l'existence de Jésus ?
35° Séraphin : « Ses détracteurs, dès la publication, font remarquer que dans son but d'harmoniser les différentes versions, Tatien a été amené à modifier les arrangements des phrases des Evangiles et donc à déformer les message des Apôtres. Preuve donc que en 170, on n'aime pas toucher même à l'arrangement des phrases des évangiles ! »
Les Évangiles n'ont cessé d'être remaniés, même et surtout une fois qu'ils étaient diffusés et connus. Exemples ? Celse : « La vérité est que tous ces prétendus faits ne sont que des mythes que vos maîtres et vous-mêmes avez fabriqués, sans parvenir seulement à donner à vos mensonges une teinte de vraisemblance, bien qu'il soit de notoriété publique ( !) que plusieurs parmi vous, semblables à des gens pris de vin qui portent la main sur eux-mêmes, ont remanié à leur guise, trois ou quatre fois et plus encore, le texte primitif de l'Évangile, afin de réfuter ce qu'on vous objecte » (dans le Contre Celse) ; Porphyre : « Les évangélistes sont les inventeurs, non les historiens des choses qu'ils racontent de Jésus » (fragment n° 15 de l'édition Harnack). Fauste de Milève, évêque manichéen mort vers 390, souligne que les Évangiles n'ont été composés ni par Matthieu, ni par Jean, ni par Marc et Luc, mais par des écrivains tardifs qui ont usurpé les noms des apôtres et des disciples pour accréditer leurs récits « incohérents et contradictoires ». (cf. Louis Rougier, « La critique biblique : Marcion et Fauste de Milève », Cahier du Cercle Ernest Renan, n° 18, 1958).
Que vers la seconde moitié du IIe siècle, on ait commencé à accorder un intérêt certain aux Évangiles, certes, puisqu'ils viennent d'apparaître. Cela prouve-t-il néanmoins qu'ils rapportent ce qui s'est déroulé un siècle auparavant comme leurs auteurs le prétendent ? C'est ce qu'il faut démontrer, et Séraphin s'en abstient, on se demande bien pourquoi. Or en un siècle et demi, la légende a eu largement le