Un site intitulé « Spiritualité chrétienne » s'est lancé dans une polémique contre le Cercle zététique et votre serviteur, à la suite de la réplication d'un « suaire » au Muséum d'Histoire naturelle, effectuée sous l'égide du mensuel Science et Vie :
http://www.spiritualite-chretienne.com/combat/25-06-2005.html
Voici mes réponses, point par point (en date du 2 novembre 2005) :
SC / « Mais qui sont donc ces scientifiques ?
Il s'agit du Cercle Zététique, dont le nom a été soigneusement occulté par TF1, sans doute de peur de voir son reportage perdre toute crédibilité. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : D'abord, TF1 n'a pas « soigneusement occulté » le nom du Cercle zététique (CZ). La chaîne n'a pas eu à évoquer le CZ parce qu'elle n'avait guère de raison de le faire. Ce n'est pas, en effet, le CZ qui a initié, dirigé et contrôlé l'expérience au Muséum d'Histoire naturelle, mais le mensuel Science et Vie, qui s'est entouré pour l'occasion d'un certain nombre d'experts, dont deux membres du CZ, conviés en raison de leurs travaux personnels sur le « suaire » : Patrick Berger, agrégé de physique, auteur d'une étude contestant la validité des travaux de Ray Rogers (http://www.zetetique.org/suaire_rogers.html), et moi-même, invité en raison de l'intérêt qu'a porté la rédaction à mon livre Miracle ou imposture ? (EPO/Golias, 1999) consacré à la relique, dans lequel je présente les différentes recettes permettant d'obtenir un « suaire » en tous points comparables à celui de Turin.
Ensuite, pour cette journée, Science et Vie a également invité trois autres experts, non membres du CZ, qui ont présenté leus conclusions relatives à l'authenticité de la relique et veillé au bon déroulement de l'expérience : le Pr Claude Got, anatomo-pathologiste, Jacques Évin, ancien directeur du Centre de datation par le radiocarbone de l'université de Lyon, et Jean-Théo Flamme, expert textile.
Patrick Berger et moi-même ayant été chargés par Science et Vie de réaliser les faux suaires (une quinzaine en une heure.), le journal Le Monde a eu raison de noter que la démonstration était le fait de zététiciens. Il n'empêche que le CZ n'a pas pris part à l'expérience ès qualités, comme chacun peut s'en rendre compte en lisant les communiqués de presse diffusés alors ou le dossier paru dans la revue Science et Vie du mois de juillet 2005.
SC/ « Quelle objectivité peut-on attendre de ses membres avec un tel postulat de départ ? »
SC/ « Je suggère à chacun d'effectuer cette comparaison.
Entre le résultat obtenu par cette expérience "scientifique", et l'original du Suaire de Turin, quelle ressemblance ?
Site de M. Blanrue - Photo du Saint Suaire de Turin »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : C'est exactement le même type d'image, comme chacun peut le constater en toute objectivité : www.blanrue.com
SC/ « Un élément parmi tant d'autres saute aux yeux : les plis du linge. Et comment y échapper, avec la courbure du tissu sur le visage ? Pour le reste, ces scientifiques peuvent-ils être à ce point aveugles ? Pitoyable orgueil humain, que même le ridicule ne semble pas atteindre. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Les éventuels plis du linge dépendent simplement de la qualité du bas-relief, en particulier de ses parties saillantes, plus ou moins accentuées selon l'artiste qui le conçoit. De tels plis apparaissent sur le faux suaire de Turin ainsi que sur son sosie du Muséum d'Histoire naturelle, bien qu'en des endroits différents, eu égard à la facture spécifique des bas-relief employés. Hélas, pour des raisons indépendantes de notre volonté, nous n'avons pu nous procurer le bas-relief ayant servi à réaliser le « suaire » de Turin. : il en ressort de très légères différences de rendu sur le lin, qui n'enlèvent rien à la pertinence de l'expérience, laquelle démontre que le « suaire » de Turin n'a rien de miraculeux, puisqu'on peut le refaire en utilisant un technique bien humaine contrairement à ce que répètent en chour les « sindonologues » depuis des décennies.
Pour les amateurs de beau linge, ajoutons qu'il est parfaitement possible de réaliser des « suaires » sans le moindre pli. Il suffit dans ce cas de se servir d'un bas-relief d'une qualité extrêmement plate. Tel est le cas des « suaires de Zeus » réalisés pour mon livre (voyez le cahier-photos).
SC/ « Paul-Éric Blanrue, (auteur d'un ouvrage ayant pour titre "Miracle ou imposture ? L'histoire interdite du suaire de Turin", où il s'efforce de démontrer que les textes ont été trafiqués, les analyses truquées, etc.) tente d'asseoir sa théorie en répondant au journaliste de TF1 : « Historiquement, on sait que le Suaire est une peinture. Au XIV° siècle, l'évêque de Poitiers dit que c'est un faux. Le pape Clément VII le dénonce comme un faux. » Et voilà la prudence de l'Eglise balayée d'un revers de main. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : L'Église n'a pas seulement été « prudente », elle a affirmé dès le début que le « suaire » est un faux. La bulle du pape Clément VII (6 janvier 1390) ne laisse pas planer d'équivoque à cet égard (je souligne) :
« (.) celui qui fera l'ostension devra avertir le peuple au moment de la plus forte affluence et dire à haute et intelligible voix, toute fraude cessant, que ladite figure ou représentation n'est pas le vrai Suaire de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais qu'elle n'est qu'une peinture ou tableau du Suaire qu'on dit avoir été celui du même Seigneur Jésus-Christ. »
Verdict sans appel. Et voilà l'autorité de l'Église balayée d'un revers de la main par « Spiritualité chrétienne ».Amusant.
SC/ « Ce Monsieur pourrait semblablement reléguer les apparitions mariales de Lourdes au rang des supercheries et des mensonges, puisque l'Eglise a refusé dans un premier temps toute crédibilité aux affirmations de sainte Bernadette ! Je suggère à ce Monsieur de se pencher prochainement sur cette question, je ne doute pas qu'il trouvera bien des hypothèses intéressantes pour prouver que ce sont des mirages et des voix qui ont trompé la jeune Sainte de Lourdes, sujette aux hallucinations et à l'affabulation. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Je n'ai pas attendu « Spiritualité chrétienne » pour m'y intéresser : http://www.zetetique.ldh.org/bernadette.html. Pour que les choses soient claires, je précise que Lourdes est une autre sorte d'imposture religieuse, dont la malheureuse Bernadette, pour commencer, et des millions de pélerins, par la suite, ont été et sont toujours les victimes.
SC/ « Sans entrer par trop dans le détail, en admettant que ce Suaire soit un faux du Moyen Age, il faudrait :
- que le faussaire ait délibérément soumis l'un de ses contemporains à tout le martyre de la Passion du Christ, dans le seul but d'impressionner cette toile avec son cadavre, puisque le corps qui a impressionné le Suaire porte toutes les marques de la Passion (flagellation, coups, marque du portement de la croix sur l'épaule, etc.) »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : L'artiste qui a conçu le « suaire » n'a eu aucun mal à trouver toutes les indications qu'il cherchait dans les Évangiles. C'est même dans ces écrits (datant du IIe siècle au plus tôt) qu'il a pu reprendre l'idée d'un suaire de Jésus. Pour la couleur, il s'est certainement inspiré des « sueur de sang » de Luc XXII,44. Pour les blessures ? Les Évangiles à nouveau, les textes des mystiques du XIVe siècle ainsi que les pratiques des flagellants, ces fanatiques qui se fouettaient en public jusqu'au sang pour imiter le Christ. Rien de bien miraculeux.
SC/ « - qu'il ait eu une parfaite connaissance des données physico-chimiques concernant notamment l'écoulement du sang, afin que la toile soit bien impressionnée avec les différents types de sang que l'on retrouve aujourd'hui sur le Suaire : sang artériel, veineux et mixte (qui ont coulé du vivant du supplicié) et sang de cadavre, qui s'est échappé du corps après la mort, notamment par la plaie du côté, en même temps que de l'eau. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Sauf qu'il n'y a pas de sang sur le « suaire », mais du vermillon et de l'ocre rouge, comme l'a démontré le défunt Dr. McCrone, spécialiste mondial de la détection de faux en art : http://www.mcri.org/Shroud.html
SC/ « - qu'il ait eu la géniale intuition du transpercement de la main dans le pli de flexion du poignet, ce qui était en total désaccord avec la tradition iconographique séculaire (ce transpercement au poignet est une exigence anatomique, démontrée par le Pr. Pierre Barbet, pour que le corps puisse être supporté sur la croix). »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Sauf qu'en 1534 les clarisses de Chambéry voient ce transpercement au milieu des mains (« Les ouvertures des clous sont au milieu des mains longues et belles, d'où serpentent un ruisseau de sang depuis les côtes jusqu'aux épaules ») et que lorsque l'on regarde attentivement les photos, on observe en effet que la plaie a été placée par l'artiste dans la main. La large tache de « sang » qui s'en écoule recouvrre le poignet, de façon naturelle, représentant ainsi l'écoulement sanguin probable d'un homme crucifié.
SC/ « - qu'il ait connu le principe de rétractation du pouce par la suite de la lésion du nerf médian (ce qui était ignoré par la médecine de cette époque). »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Hélas, trois fois hélas, la lésion du nerf médian n'entraîne justement pas la rétractation du pouce ! Comme l'écrit le Dr Frederik T. Zugibe, pathologiste à l'Université Columbia de New York, expert judiciaire en chef du comté de Rockland, et par ailleurs partisan du « suaire » : (je souligne)
« Le nerf médian ne passe pas à travers l'espace de Destot mais court le long de la face opposée (le côté radial, ou du pouce) du poignet. Même si le nerf médian était blessé, causant une stimulation mécanique comme le proclame Barbet, cela ne pourrait entraîner le pouce à l'intérieur de la paume de la main. » Le Dr. Ernest Lampe, l'un des plus grands chirurgiens de la main au monde, le confirme. Il rapporte dans son livre Surgical Anatomy of the Hand, que lorsqu'il y a rupture du nerf médian « il y a incapacité à fléchir le pouce, l'index et le médium ».
SC/ « - que la blessure du côté devait apparaître au côté gauche et non au côté droit, l'inversion n'intervenant que lorsque l'on passe de l'image en négatif à l'image en positif. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Un observateur, médiéval ou non, n'a aucun mal à comprendre qu'un corps imprimé sur un drap inverse la droite et la gauche. Comme je le dis souvent, il faut arrêter de penser que nos ancêtres étaient tous des imbéciles.
SC/ « - qu'il ait utilisé un drap ayant voyagé de Palestine jusqu'en Europe, puisque l'on trouve sur le Suaire des pollens provenant non seulement de Palestine, mais aussi d'Asie mineure, de France et d'Italie. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Frei n'a jamais publié ses « découvertes » dans une revue scientifique. En guise de pollens retrouvés sur la relique, il diffusait en réalité, et moyennant finances, des photos de pollens de catalogue. Rappelons que Frei était aussi partisan des faux carnets d'Hitler.
SC/ « - qu'il ait eu une telle connaissance des traditions judaïques, qu'il ait pensé à placer sur les yeux du cadavre (l'une sur l'oeil droit, l'autre sur l'arcade sourcilière gauche) deux pièces de monnaie romaines, datant de Ponce Pilate (où se les serait-il procurées ?), détails qui n'ont été découverts que grâce à l'invention de la photographie tridimensionnelle. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : La théorie des pièces de monnaie recouvrant les yeux des Juifs du Ier siècle n'est appuyée par aucun document archéologique, littéraire ou iconographique. D'autre part, les « pièces de monnaie romaines » sur les yeux de « l'homme du suaire » sont d'évidents artefacts photographiques, comme les défenseurs américains de la relique le reconnaissent eux-mêmes. Barrie Schwortz, qui a pris des clichés du « suaire » en 1978, déclare par exemple : « L'armure du tissu est beaucoup trop grossière pour déterminer la subtile et minuscule inscription d'une ancienne pièce de monnaie ». Notons enfin que le « découvreur » de ces pièces, le Père Filas, ne parvenait lui-même à les apercevoir que sur les photographes d'Enrie de 1931 (médiocres, recopiées de nombreuses fois), et non sur celles (d'excellente qualité) prises en 1978 !
SC/ « Les taches de sang ne posent pas de problème particulier, même aux partisans du faux : c'est bien de sang humain dont il s'agit. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Bien sûr que non. Il s'agit d'ocre rouge et de vermillon, comme indiqué plus haut.
SC/ « Pour ce qui est de la coloration du tissu, celui-ci ne porte aucune trace de peinture, de pigment ou de produit colorant. »
RÉPONSE Paul-Éric Blanrue : Bien sûr que si. « L'homme du suaire » est entièrement composé d'ocre rouge. J'en ai apporté la démonstration dans mon livre Miracle ou imposture ? déjà cité.
Pour les travaux du Dr McCrone démontrant la présence de pigments sur le corps de l'homme représenté sur le « suaire » (et leur absence sur les zones sans image), lire :
McCRONE (Walter) et SKIRIUS (Christine), " Light Microscopical Study of the Turin " Shroud " I ", The Microscope, vol. 28, n°3-4, 1980, p. 105-113.
McCRONE (Walter), " Light Microscopical Study of the Turin " Shroud " II ", The Microscope, vol. 28, n°3-4, 1980, p. 115-128.
Id°, " Microscopical Study of the Turin " Shroud " III ", The Microscope, vol.29, 1981, p. 19-38.
Id°, " The Microscopical Identification of Artist's Pigments ", JIICCG7, (1,2), 11, 1987-1988.
Id°, " Microscopical Study of the Turin " Shroud " ", Wiener BÉrichte über Naturwissenschaft in der Kunst, 4/5, 50, 1987-1988.